| | Mise en ligne en novembre 2006 Éric Fuchs Faire voir l'invisible Réflexions théologiques sur la peinture Edition : Genève, Ed. Labor et Fides, 2005, 113 p.,
L'auteur a la conviction que "la question des relations entre le christianisme et l'art pictural n'est, malgré les apparences, pas dépassée".
Dans une première partie, il brosse à grands traits l'histoire de cette question depuis les origines du christianisme : statut des textes bibliques, légitimité de leur interprétation picturale face à l'interdit d'une image taillée du divin. C'est la querelle iconoclaste, qui a abouti à des conceptions différentes dans l'Église d'Orient et dans celle d'Occident. D'un côté, l'icône, très codée, proposait à la contemplation des fidèles une représentation des fondements de la foi qui les mette en relation avec l'invisible. De l'autre côté les images étaient pensées, selon l'expression de Grégoire de Tours, comme une "Bible des illettrés" pour l'édification populaire (cf. le chemin de croix, ou le culte de Marie avec le Rosaire). Pendant toute cette période, l'image était soumise au texte, sous le contrôle des clercs. A la Renaissance on relit tous les textes, de la mythologie et aussi de la Bible, où certaines personnages semblent autoriser la représentation du nu ; Adam et Ève, ou Suzanne au bain. La Réforme rouvre le dossier iconoclasme, se montrant réservée à l'égard d'images de dévotion (cf. la différence entre les peintres de la Contre-réforme et un Rembrandt).
Sans doute faudrait-il aussi tenir compte des recherches des peintres sur leur art, notamment ce qu'on a appelé "l'invention de la perspective", par laquelle chacun construit son point de vue, son cadrage, son interprétation. Et regarder comment, petit à petit, les peintres ont pris certaines libertés par rapport à l'interprétation des textes, et aux codes iconographiques en usage.
Dans une deuxième partie, E. Fuchs récuse l'expression "art sacré" pour lui préférer celle d'"art religieux". J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une grille de lecture ou plutôt d'interprétation de toute œuvre d'art, à partir de la conviction chrétienne que chacune nous fait voir la beauté de la création, ou la souffrance humaine, avec ce sentiment de déréliction, d'un ciel vide. D'où l'invitation à regarder les œuvres d'art dans cet esprit. Mais quelle chance de se faire entendre, de se faire partager, ce genre de discours a-t-il aujourd'hui ? Et dans quelle mesure les textes bibliques nourrissent-ils encore notre imaginaire, quand déferlent sur nous tant d'images au cinéma, tant de photos à la télévision, dans la presse, les magazines ? Merci à E. Fuchs de nous avoir ouvert toutes ces pistes de réflexion. (Fabre Marie-Louise) |