Sola gratia, sola fide, sola scriptura, solus Christus

1-(Par la grâce seule ) Cette affirmation signifie d'abord que l'homme n'est pas sauvé par ses oeuvres morales ou pieuses. En fait Luther désire instaurer une relation de confiance avec Dieu et non plus une relation basée sur la peur et la culpabilité. L'eucharistie célébrée lors de chaque service liturgique à côté de la prédication nous rappelle que Dieu est un amour présent et réel dans le geste concret de son fils qui se donne pour le salut des hommes . Tout commence par cette initiative d'amour , cette main tendue. A cette époque en effet dominait la crainte de l'enfer et du jugement divin encouragée par certains prêtres peu scrupuleux de l'institution romaine. Tillich, interprète de Luther dira : " C'est cette grâce qui me réconcilie avec moi même, avec les autres et le monde (La nature,le cosmos) et avec Dieu" . L'éthique sera une réponse à cet amour premier, c'est le "prix de la grâce" dira Dietrich Bonhoeffer qui payera de sa vie sa résistance à Hitler.

2-( Par la foi seule) Si l'homme n'est pas sauvé par ses oeuvres, il lui est donc simplement demandé d'avoir confiance en Dieu: c'est la foi qui nait et se développe essentiellement par la médiation d'un pasteur qui prêche la bonne nouvelle de la grâce et qui célèbre les sacrements. C'est cette confiance qui fait de lui un membre de l'Eglise à la fois locale et universelle.

3-(Par l'Ecriture seule ) Et l'un des lieux où retentit ce message c'est par excellence le culte qui rassemble la communauté chrétienne autour de la prédication et de l'eucharistie qui sont les deux pôles du culte luthérien dans un environnement de cantiques et de louanges inspiré des Psaumes. Or cette prédication puise son inspiration dans une tradition issue de la messe et qui est celle de la lecture et du commentaire de la Bible . Et Luther poursuivra la tradition du lectionnaire qu'il a trouvé dans la messe catholique. Ainsi le rôle essentiel des évêques et même du pape sera de former des pasteurs responsables de bien prêcher, car connaissant le Grec et l'Hébreu des Ecritures, et d'animer la liturgie communautaire .

4-( Par le Christ seul ) Mais à la différence de l'homélie catholique, la prédication de Luther n'est pas une interprétation des dogmes catholiques dont il pense qu'ils s'écartent trop souvent des sources bibliques et patristiques . Luther pense qu'il existe dans la bible un noyau central interprétatif et qui est une fidélité à ce que les Evangiles et les Epîtres nous disent de Jésus-Christ et qui rejoint les grandes affirmations du Symbole des apôtres et de textes reconnus par l'Eglise luthérienne tel la Confession d'Augsbourg (Voir ci-dessous) . Et le prédicateur enraciné sur cette parole symbolique et participant à la société et la culture de son temps, prendra le risque d'analogies, métaphores et corrélations qui font de lui un prophète et un homme de compassion.

A noter que dans le protestantisme ultérieur on a souvent privilégié le "Sola scriptura" mais que la pensée de Luther comme nous venons de le voir ci-dessus reste beaucoup plus fine et nuancée .