BOUDDHISME
NÉ DANS L’INDE il y a vingt-cinq siècles, le bouddhisme s’est répandu peu à peu sur toute la partie la plus vaste et la plus peuplée de l’Asie, de l’Afghanistan à l’Indonésie et de Ceylan au Japon. Il y a prospéré pendant fort longtemps et il est encore florissant dans ces deux derniers pays ainsi qu’en Thaïlande, en Birmanie et en Corée du Sud, comme il l’était naguère au Tibet, au Cambodge, au Laos et au Vietnam. Son influence fut et est demeurée profonde sur les hommes et les civilisations de ce continent, malgré les différences qui les distinguent et qui se manifestent notamment à travers les arts et les littératures des divers pays où ce mouvement s’est implanté.
La vocation missionnaire du bouddhisme remonte à ses origines, la «Voie de la Délivrance» découverte par le Buddha devant être montrée à tous les hommes, quels que soient leur race, leur sexe, leur groupe social. Cette propagation des enseignements du Bienheureux se fit presque toujours avec beaucoup de tolérance et de souplesse, en s’adaptant aux croyances, aux sentiments et aux coutumes des gens auxquels elle s’adressait, dans toute la mesure où cela n’était pas incompatible avec les principes, moraux et autres, du bouddhisme. Cette adaptation était largement facilitée par l’absence d’une autorité supérieure qui, comme la papauté, définirait et imposerait une orthodoxie. C’est pourquoi il existe tant de diversité entre les multiples formes prises par le bouddhisme au cours de sa longue histoire dans les pays, si dissemblables à tant d’égards, où il a prospéré.
Quelle est la vraie nature du bouddhisme? Est-ce une religion ou bien une simple philosophie vécue? En fait, il est à la fois l’une et l’autre, les parts respectives de ces deux composantes variant beaucoup selon les fidèles – moines et laïcs – et étant, de plus, intimement mêlées dans l’esprit de chacun d’eux. Contrairement à ce que l’on pense généralement, l’aspect religieux n’est pas apparu tardivement et comme une sorte de corruption du bouddhisme originel, qui aurait été une pure philosophie. L’étude des inscriptions de l’empereur Asoka et des textes canoniques prouve que cet aspect religieux existait dès la fin du IVe siècle avant J.-C. et qu’il n’est pas constitué d’éléments entièrement étrangers à la doctrine prêchée par le Bienheureux, mais qu’il est l’un des effets les plus anciens et les plus importants de l’adaptation de celle-ci à la mentalité et à la sensibilité des fidèles. Le culte bouddhique et tout ce qui s’y rattache sont d’ailleurs inspirés par l’esprit le plus authentique de cette doctrine. Ils sont, en outre, la source de tous les arts bouddhiques et d’une grande partie de la littérature du bouddhisme, ce qui est une raison très suffisante pour ne pas les négliger.
L’aspect philosophique ne saurait être dédaigné pour autant, car il est essentiel. Grâce surtout au goût très développé des anciens Indiens pour les spéculations abstraites, à l’entraînement intellectuel de leurs élites et à l’absence de toute autorité définissant et maintenant une orthodoxie dans le bouddhisme, celui-ci a produit une philosophie dont la richesse, la diversité et l’audace méritent l’admiration. L’ampleur des vues, la profondeur de la pensée, qui ne connaît pas de limites à sa liberté, la virtuosité et la rigueur des raisonnements n’ont pourtant pas d’autre but que d’amener à constater la réalité avec une froide lucidité, à se détacher du monde trompeur et à avancer résolument sur la «Voie de la Délivrance».
Comme celle de toutes les religions, l’étude sérieuse du bouddhisme exige une excellente connaissance des peuples qui s’y sont convertis, de leur civilisation, de leur histoire, des pays qu’ils habitent et des langues qu’ils parlent ou ont parlées jadis et dans lesquelles ont été rédigés les innombrables ouvrages de la littérature bouddhique. Quoique l’étude du bouddhisme utilise des méthodes analogues, dans leur ensemble, à celles qu’appliquent les historiens des autres religions, la grande diversité de ces peuples, de tout ce qui les concerne et des formes prises par le bouddhisme rend cette étude particulièrement difficile. Par exemple, il n’est pas rare qu’on doive comparer avec minutie un texte sanskrit ou pali avec les traductions chinoises, tibétaines, japonaises, voire koutchéennes, qui en ont été faites, et avec des versions en ces diverses langues de textes parallèles au premier. Les grandes différences qui séparent, en outre, le bouddhisme de la spiritualité occidentale rendent souvent nécessaire d’acquérir sur place, et non pas seulement dans les livres, une connaissance directe des façons dont il est compris, senti et vécu par ses fidèles.

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